Questions à Marie-France Hirigoyen:

Hello,

Petit partage d’un extrait d’article de la page facebook : La manipulation, comprendre et s’en sortir:https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=2005341829698706&id=1452977961601765

« Il n’y a rien à attendre d’un pervers narcissique, on peut seulement espérer s’en sortir indemne »
P.C Racamier

Étymologiquement, pervertir, du latin perverto, signifie « renverser, ruiner, anéantir »

C’est une forme de perversion décrite initialement par Paul-Claude Racamier entre 1986 et 1992 .Il la décrit comme « une organisation durable caractérisée par la capacité à se mettre à l’abri des conflits internes, et en particulier du deuil, en se faisant valoir au détriment d’un objet manipulé comme un ustensile ou un faire-valoir »

« La perversion se révèle être une configuration très particulière, un faisceau trouble, un ensemble d’interactions-parfois invisibles- qui fait système. »

« La perversion est le monde de la haine.Elle avance déguisée, sous le masque de l’illusion, par emprise sur l’esprit de l’autre, au moyen du mensonge et de la peur »

« La perversion narcissique est la haine de l’amour »

La perversion narcissique est surtout un savoir faire sur l’emprise: une manière de prendre le pouvoir sur l’autre pour le dominer sans qu’il s’en aperçoive et sans qu’il puisse se défendre, quitte à le détruire »

 

Pour ceux qui ne connaissent pas encore Madame Hirigoyen, Marie-France Hirigoyen (née en France en 1949) est docteur en médecine depuis 1978. Elle est aussi psychiatre et psychothérapeute familiale, et connue pour ses succès d’édition.

Questions à Marie-France Hirigoyen:
La violence perverse est une forme de violence psychologique. Elle n’est pas à distinguer de la violence physique, mais plutôt de la violence cyclique. La violence cyclique est la plus fréquente chez les hommes impulsifs.La violence perverse n’est pas cyclique mais permanente, par petites touches, subtile. Dans ce cas, il n’y a pas de réconciliation sur l’oreiller, mais une tension permanente. Il y a rarement de violence physique, mais uniquement de la violence psychologique, extrêmement destructrice car il s’agit d’attaquer par des mots, l’intimité et l’identité d’une personne. Comme c’est très subtil, les victimes doutent : elles ne sont pas sûres que c’est de la violence et cela les amène à penser que c’est elles qui sont responsables.
Un pervers peut amener n’importe qui à douter, pas simplement la conjointe. C’est un comportement qu’on retrouve dans différents contextes, et un pervers peut amener l’autre à douter de lui-même, même si il est affirmé. Un pervers narcissique sait repérer chez l’autre la faille qui va permettre d’entrer, or, nous avons tous une faille, une fragilité, un point faible. Le pervers va s’y infiltrer.

Vous constatez que le manipulateur  » peut en arriver à des comportements si contradictoires qui paraissent dénués de bon sens  » : voulez-vous dire qu’il s’agit de personnes très perturbées, malgré les apparences ?
Tous les manipulateurs ne sont pas des pervers, mais chez un pervers narcissique, notre mode de réflexion ne fonctionne pas. Ces personnes n’ont pas de sensibilité, elles ont développé leur intelligence au dépend de leur affectivité, c’est-à-dire qu’elle n’ont aucune affectivité, mais elles sont extrêmement intelligentes. Comme elles n’ont pas de scrupules à faire souffrir l’autre, elles n’ont pas de culpabilité. Leur but est de parvenir au pouvoir, d’être supérieur à l’autre. Ce mode de fonctionnement cache un grand vide intérieur : s’ils pouvaient se regarder, ils constateraient qu’ils n’auraient pas une bonne image d’eux-mêmes. Mais, comme ils ne peuvent pas se regarder, ils attaquent l’autre pour se rehausser.

Vous notez que ces hommes sont la plupart du temps des gens très agréables en société, dont on ne pourrait soupçonner ce type de comportement. Comment expliquer cette ambivalence ?

Ce sont des hommes hyper adaptés à notre société. Leur but est de réussir, ils sont stratèges, intelligents, séducteurs et efficaces puisqu’ils n’ont aucun scrupule. Donc ce sont des gens qui réussissent très bien et, vu de l’extérieur, ce sont des personnes merveilleuses. On dit à leur femme  » quelle chance tu as d’être avec quelqu’un comme ça ! « . Mais pour se maintenir dans cette séduction, ils ont besoin d’écraser et de dominer quelqu’un. Tout le monde peut être un peu comme ça, mais les gens qui fonctionnent à peu près normalement ont des doutes sur eux-mêmes, de la culpabilité, du remords quand ils sont odieux avec quelqu’un. Ce type de personnes se rencontre de plus en plus fréquemment car nous sommes dans une société narcissique qui valorise la réussite immédiate, la réussite malgré les mensonges, les magouilles et les tricheries. On donne comme modèle à nos enfants que la réussite est dans ce fonctionnement là…
Les 4 phases de la violence que vous décrivez – phase de tension, phase d’agression, phase d’excuse, phase de réconciliation – sont-elles systématiques ?

La violence cyclique, c’est la violence d’un agresseur impulsif. Les personnes narcissiques ne fonctionnent pas par cycles. Les agresseurs impulsifs vont avoir une tension intérieure liée à leur malaise interne, qui va faire qu’ils vont se sentir nerveux et angoissés. Eux ne le traduisent pas en angoisse, mais en irritabilité. Cette tension va passer dans le couple et, à un moment, l’agresseur va décharger cette tension sur la femme : ce sera une violence verbale, le cassage d’objets, la violence physique, et ils vont se rendre compte que ça les défoule. Après, ils craindront que la femme les quitte car leur fragilité vient aussi de leur peur d’être abandonnés. Ils vont donc se rapprocher de la femme avec des excuses, de la gentillesse, puis de la réconciliation. Ces cycles se répètent, mais toujours en s’aggravant. La femme devient de plus en plus tolérante car elle sait qu’en fin de cycle, il y a réconciliation, puisque, quand il veut, il peut être très gentil. La femme va devenir accro à cette violence car la violence promet une récompense, c’est un réflexe conditionné. L’homme va constater que, d’une part, cette violence lui fait du bien (il est détendu), et que d’autre part, il ne se passe rien (il n’est pas puni). C’est donc efficace et il va recommencer. Les cycles se font de plus en plus rapprochés, de plus en plus graves et la femme se protége de moins en moins.

Cette violence psychologique n’est pas étrangère à la domination des hommes sur les femmes qui perdure, selon vous. La femme doit être  » féminine « , l’homme est contraint d’être  » performant » et  » viril « , n’ayant pas appris à contrôler sa colère et sa jalousie. Pourtant, il semble qu’on fasse tout pour tendre vers la parité ?
Il me semble que les rapports entre les sexes sont compliqués. Auparavant, la domination d’un homme sur une femme allait de soi. Actuellement, avec la libération des femmes, soit disant la parité, les femmes ont pu acquérir une autonomie, au moins sur le plan social. Elles sont de plus en plus autonomes, libres et se considèrent comme l’égal des hommes. Je trouve qu’il y a une résistance de la part d’un certain nombre d’hommes : la résistance peut être subtile (vis-à-vis d’une femme qui gagne plus, vis-à-vis d’une femme qui prend trop de décision dans la maison…), mais il y a beaucoup d’hommes qui se sentent fragilisés par l’autonomie de la femme. Ils ont l’impression de n’avoir plus leur place, ils sont vulnérables sans pouvoir l’exprimer, donc ils risquent de décharger leur tension par de la violence. C’est un double lien : on demande aux hommes d’être viriles, de réussir, d’être performants, et en même temps, ils sont fragilisés dans le monde professionnel. Les femmes sont ambivalentes : elles veulent l’égalité mais elles continuent à chercher des hommes protecteurs. Là, il y a un phénomène qui n’est pas simple. L’éducation reste à faire et il faudra peut-être une ou plusieurs générations pour y parvenir.

P.S. : Le choix amoureux se fait de façon complémentaire : un homme qui aura besoin de dominer saura choisir une femme paraissant soumise et dépendante, une femme émotive sera rassurée par un homme dont elle dépendra mais qui semblera la protéger :

voulez-vous dire que chacun s’y retrouve, que la dépendance est réciproque ?

Je considère que lorsque la dépendance est réciproque, il n’y a pas de problème. La définition de la violence, c’est quand quelqu’un impose à l’autre un échange qui ne lui convient pas sans qu’il puisse l’exprimer. Par exemple, une scène de ménage peut être très bruyante, mais chacun dit tout ce qui ne va pas. Tant que l’autre peut répliquer, il ne s’agit pas de violence, mais de conflit. Le conflit n’est pas de la violence. Une dépendance réciproque, ce peut être bien. Dans un couple où l’un domine dans un registre et l’autre dans un autre, c’est l’égalité. Les hommes et les femmes ne sont pas semblables et peuvent avoir des qualités complémentaires. On est attiré plus par les fragilités de l’autre que par ses réussites. La dépendance réciproque, complémentaire n’est pas du tout de la violence.

Les pervers narcissiques – manipulateurs extrêmes, très adaptés socialement, hommes de pouvoirs, fins stratèges, se protégeant en étant insensibles aux émotions, considérant la femme comme une rivale à écraser – semblent les pires :

comment en arrive-t-on là ? L’éducation reçue peut-elle expliquer cela ?

On ne naît pas pervers, on le devient. Soit parce qu’on a été considéré comme un mauvais objet ou un objet sexuel, donc maltraité ou abusé sexuellement, soit parce qu’on a été idolâtré et qu’on n’a pas eu de limites. La perversion narcissique est une question de cadres et de limites. Sans cadres et sans limites, ces personnes empiètent sur l’autre et veulent un pouvoir illimité. Donc, la perversion narcissique se crée par une éducation malveillante ou une éducation sans limites.

Selon vous, aucune personne sous emprise ne peut s’en sortir seule, sans une aide extérieure telle que la psychothérapie. En revanche, pour les personnes manipulatrices, ce type d’aide extérieure ne serait d’aucune utilité. Rien n’est-il donc possible pour eux ?

Dans le cas d’une personne sous emprise, plus elle a été victime longtemps, plus la violence a été grave, et moins elle peut s’en sortir seule. Elle a besoin d’être accompagnée pour s’autonomiser, pour sortir de ce lavage de cerveau. Il lui faut un  » lavage de cerveau à rebours  » pour qu’elle décode la violence.
Pour les personnes manipulatrices ponctuelles, la psychothérapie peut aider, à condition qu’il y ait une demande.
Pour les pervers narcissiques, ils n’ont jamais de demande puisqu’ils ont toujours raison et que les autres sont des imbéciles, à leurs yeux. On ne peut pas aider quelqu’un qui dit avoir raison de traiter telle personne de cette façon puisqu’elle le mérite. Quand ils viennent nous voir, c’est pour nous montrer que nous sommes des imbéciles, ou pour nous utiliser (par exemple, à la demande de la justice, ils viennent, mais uniquement parce qu’on leur a demandé). On ne peut rien faire avec ces personnes là.

Qu’est ce que la violence psychologique?
Ce sont des attitudes et des propos visant à dénigrer et à nier la façon d’être d’une autre personne au moyen de certains comportement:
• Contrôle
• Isolement de la victime
• Jalousie pathologique
• Harcèlement , questionnement sans fin
• Dénigrement
• Critique du physique
• Humiliations
• Actes d’intimidation
• Indifférence aux demandes affectives
• Menaces
La violence perverse est un pur concentré de violence, elle s’infiltre dans l’esprit de l’autre afin de l’amener à s’auto-détruire.

photo crédit Wikipédia

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Publié par

MILA.K

Bien-être / pensée positive /développement personnel en route pour une relation saine avec soi-même et les autres.

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