Prendre soin de son enfant intérieur pour guérir de nos blessures d’adultes

bonsoir, tout le monde un petit partage ce soir sur cet être si précieux et pourtant au  combien délaissé : NOTRE ENFANT INTERIEUR

Il est tellement précieux d’en prendre soin, lui dire que nous allons le protéger maintenant que nous sommes adulte, que l’on ne laissera plus personne lui faire du mal <3.

En méditation de façon régulière et en lui parlant, le prenant dans nos bras, nous pouvons enfin réussir à guérir avec lui de ce qui nous a tant bléssé par le passé.

Un des plus beau cadeau que nous pouvons nous faire a nous même.

Prendre soin de l’enfant intérieur

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« Prendre soin de l’enfant intérieur », cet intitulé laisse entendre bien des choses. D’abord, qu’il y a ou qu’il y aurait en nous un enfant, qui serait toujours vivant, toujours présent, de sorte que l’on puisse prétendre y revenir. D’autre part, que cet enfant aurait besoin de notre attention et que l’on s’occupe de lui, d’elle, qu’on en prenne soin. Enfin, cela suppose que cet enfant soit emprunt d’une certaine fragilité, voire marqué d’une blessure.

En effet, c’est bien de cela dont il s’agit. Le maître zen Thich Nhât Hanh nous rappelle dans son ouvrage du même titre (Prendre soin de l’enfant intérieur), que, pour chacun de nous, il y a la présence de cet enfant blessé. Conforté dans une osmose parfaite durant neuf mois au sein même de l’utérus de notre mère, véritable « palais de l’enfant », nous en sortons avec un cri de douleur, celui de notre première respiration, passage de l’amniotique à l’atmosphérique. Cette mise au monde est inévitablement le deuil d’un paradis perdu où tout nous était pourvu sans effort aucun, à plus forte raison parce que nous nous trouvions dans un état de parfaite fusion et d’indifférenciation d’avec l’organisme de notre mère – nous faisions partie d’elle, nous ne formions qu’un seul être ! Or, la naissance amorce, notamment avec la césure du cordon ombilical, l’ère de la séparation… Cette douleur primordiale sera inconsolable tout le long de notre vie, semble-t-il, et nous la retrouverons dans d’innombrables situations et contextes comme une douleur vive et revisitée dans chacune de nos relations au sens le plus large du terme.

Tout ce qui est vécu comme séparation, que ce soit d’un lieu, d’une chose, d’une personne, d’un être aimé, fait l’objet d’une tristesse et d’une nostalgie qui ne peuvent manquer d’évoquer ce premier sentiment de rupture de l’enfant dans son plus jeune âge, celui nécessairement accompagné du sentiment universel d’abandon et de rejet, autrement dit, de solitude et d’absence d’amour. Par ailleurs, toute recherche spirituelle ne vise-t-elle pas, dans un sens ou un autre, à réconcilier cette blessure originelle ? Ne s’agit-il pas pour nous tous de chercher au travers de l’appartenance à une famille, à un groupe, à une communauté, quels qu’en soient les domaines : culturel, social, politique, idéologique, religieux, etc., de chercher à combler le désir d’union qui nous habite et nous anime depuis le temps premier de la séparation et de l’exil ?

Thây Thich Nhât Hanh met en lumière la perspective de la psychologie occidentale moderne selon laquelle nous sommes, à l’aube même de notre existence au monde, cristallisés dans une double tension articulée en termes de désir et de peur. C’est ainsi que le désir et la peur seraient au fondement même de ce qui conditionne à la base le devenir et l’agir de l’individu qui se forme, de la personne que nous apprenons à être.

Le désir est celui d’être comblé comme nous avons su l’être lorsque nous faisions encore partie du corps de notre mère, goûtant l’exaltation de la béatitude, l’union de l’amour. La peur est celle que nous apprenons à connaître inéluctablement, tôt ou tard (très tôt en fait !), lorsque ce désir se voit frustré, car ne pouvant être comblé ultimement, ne pouvant trouver satisfaction en dépit même de nos attentes. Cette peur est celle d’être démuni, laissé seul et sans défense, abandonné à notre sort dans la plus grande précarité, dans le plus grand dénuement et face aux incertitudes de la vie, alors même que notre subsistance dépend encore entièrement de la présence généreuse et bienveillante de notre mère ; en effet, sans elle nous ne pouvons nous nourrir, nous protéger du froid, du chaud, et être soulagé de tout inconfort et de tout manque. Cette peur est celle de l’insécurité la plus totale ; et notre désir le plus grand est celui de la sécurité et du réconfort.

 

D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai en mémoire le souvenir vivide d’une expérience d’abandon vécu alors que je n’avais peut-être pas plus de 4 ou 5 ans. Nous étions en vacances avec toute la famille, ma mère, mon frère et mes deux sœurs. Nous étions logés avec d’autres familles dans un grand manoir aménagé en centre de vacance, et la plage se trouvait juste à 200 mètres de là. Alors que nous nous étions préparés à nous y rendre ensemble, pour une raison que j’ignore, je me suis retrouvé seul à l’entrée de la propriété à attendre que ma maman revienne me chercher pour me conduire à la plage où se trouvait tout le monde. Celle-ci pensait que je saurais les rejoindre, 200 mètres ne représentant pas la même dimension pour un adulte que pour un enfant haut comme trois pommes. J’ai attendu, attendu, attendu le retour de ma maman jusqu’à ce que, seul dans la cour, je me résous à l’évidence :  » je suis seul face à l’inconnu et abandonné de tous… pour toujours ! « , et de pleurer toutes les larmes de mon corps dans une totale désespérance.

J’ai remarqué depuis que, dans bien des situations rencontrées dans ma vie, et dont certaines me sont restées en mémoire, où les contextes évoquaient une mise en scène similaire, j’ai pu revivre subtilement et sans m’en rendre compte consciemment la même expérience teintée de ce sentiment de désarroi, de panique, et de désolation d’être seul, séparé et privé des autres parce que ‘non inclus’.

 

S’il est indéniable que nous faisons inexorablement et dès notre berceau l’expérience douloureuse de l’incertitude de notre survie, inscrivant par là les automatismes du désir et de la peur, désir d’autant plus frénétique et compulsif qu’il y a en contingence cette menace et ce spectre de l’angoisse, nous pouvons néanmoins distinguer deux aspects de ce traumatisme originel. Plus exactement, une première expérience d’ordre purement « physiologique » : nous dépendons littéralement de l’autre pour notre survie. Une seconde phase, apparaissant plus tardivement mais assez rapidement tout de même, va venir ‘rehausser’, disons accentuer et cristalliser davantage encore ce stigmate, celle du « stade du miroir ». En effet, dès l’âge de six mois va commencer à se jouer un passage hautement initiatique qui va très largement contribuer à définir pour toute notre vie le sens même de notre existence au monde, ce sentiment précisément d’exister, d’être quelqu’un, un individu à part entière, distinct des autres, une personne qui se reconnaît elle-même ! C’est la phase fondatrice de l’identité, et, avouons-le sans gêne, le début et la raison de tous nos tourments, de toute la complexité de nos problèmes, et en fin de compte de toutes nos souffrances qui en découlent !

Car, en effet, si nous souffrons dès notre plus jeune âge de l’instabilité contingente à cette dépendance organique à notre mère, nous n’en sommes pas foncièrement et pleinement conscients ; simplement, nous subissons la situation, qu’elle soit celle de l’absence momentanée mais angoissante de la maman pourvoyeuse de tout, ou qu’il s’agisse d’un inconfort que nous ne savons pas exprimer et qui n’est pas soulagé. Mais dès l’apparition du ‘je’, de la reconnaissance de son propre visage dans le miroir ou dans le regard de l’autre, de l’encouragement de l’autre à ce que je m’affirme dans mon identité propre, alors tout va basculer car tout va maintenant se jouer en fonction de l’importance que revêt cette nouvelle réalité, qui, si elle est nouvelle dans le sens où elle est une prise de conscience émergente, viendra cependant confirmer toute l’attention et l’importance qu’on aura su m’attribuer déjà auparavant dès les débuts.

 

La sensibilité de l’enfance est « pure » en ce sens qu’elle est simple, naïve, spontanée, directe et immédiate, intuitive, transparente, vraie (en accord avec le réel), allant dans le sens harmonieux de la vie naturelle ; autrement dit, c’est une sensibilité à l’authenticité (le réel perçu dans son dépouillement le plus vrai ; la réalité telle qu’elle est), sans déguisement ni tromperie, sans illusion ni fantasmes (projections…), sans récupérations mentales, ces perceptions erronées consistant à voir et comprendre les choses à l’envers : ce qui est pour ce que ça n’est pas, ce qui n’est pas pour ce qui semble être.

Pour autant, cette sensibilité s’exerce à la fois envers la bonté perçue au travers d’un geste tendre et affectueux, d’une bienveillance naturelle, à la fois envers la violence sous toutes ses formes, telle que la frustration de ne pas obtenir ce que l’on attend, l’insatisfaction d’être dans une situation que l’on ne souhaite pas, la douleur d’être privé de ce qui nous est cher, ou encore l’inattention et la maladresse à notre égard, voire la maltraitance.

Notre propension, tendance et réceptivité naturelle à l’amour, à la tendresse, à la douceur, la gentillesse, à ce qui est plaisant, agréable, met d’autant plus en relief la rudesse de l’absence d’amour et de bonté ; ce, notamment, par l’expérience de la déception (changement d’une situation, d’un contexte, d’une personne ; promesses non tenues), de la tricherie, du mensonge, de la trahison, de l’incohérence du double langage, de l’incongruence entre les paroles et les actes…

 

L’expérience qui a été la nôtre de nous sentir « délaissé » à un moment donné (assez rapidement en fait, et de façon répétée, et donc renforcée !) – sentiment inévitable d’abandon, et par là de rejet, a nécessairement fait co-émerger d’autres sentiments tels que, pour les plus fondamentaux, celui de ne pas être aimé, plus exactement et de façon complexe de ne pas être digne d’amour, conduisant inéluctablement au manque d’estime de soi ; celui encore de ne pas être compris et de se trouver par là d’autant plus seul au monde – sentiment de solitude qui vient aussi valider celui d’abandon.

Avec cela, nous manquons la plupart du temps des outils éducatifs de départ nous permettant de comprendre et d’intégrer pleinement ce qui nous arrive, si bien que nous n’apprenons pas non plus à nous comprendre et nous apprécier nous-mêmes ! Or, c’est certainement la posture la plus essentielle et fondamentale à acquérir dans cette aventure qui est la nôtre concernant notre existence sur Terre.

C’est pourquoi, ce qui peut nous intéresser au plus haut point dans cette orientation spirituelle que nous donnons à notre vie au travers de notre cheminement, c’est bien de reconquérir – ou conquérir pour une toute première fois, l’estime de soi ! Et nous pouvons considérer cela comme une façon de « se connaître soi-même ». Cette estime peut aussi s’exprimer en termes de respect de soi, de souveraineté en soi, de dignité de soi-même.

Combien de nos comportements, parfois au quotidien, consistent à masquer ce manque d’estime et de confiance en nous-mêmes, à notre insu, sans même nous en rendre compte ! Et alors, de générer une série de réactions en chaînes, un comportement maladroit, une réplique automatique inauthentique, et surtout inadaptée car inadéquate, ce au cœur de nos interactions, qui pour soi comme pour l’autre amène inévitablement confusion et souffrance. C’est notamment le cas lorsque nous choisissons de répondre par la fuite, le plus souvent en faisant diversion ; ou au contraire par une attitude défensive ou offensive, signe d’agressivité du fait de nous sentir « menacé » dans notre intégrité du moment.

 

Nous pouvons agir. Quelle est la manière pour agir ? Dans un premier temps, bien avant d’intervenir, de se déplacer et dire ou faire quoi que ce soit, nous pouvons agir de là où nous sommes par un simple regard et une simple respiration ; mais pas n’importe quel regard… Ce qui nous intéresse, en effet, c’est de « comprendre ».

Le Bouddha n’a pas cherché autre chose pour lui-même et pour nous que de comprendre ; comprendre ce qui est là, comprendre ce qui nous arrive, comprendre nous-mêmes et la réalité d’une situation dans laquelle nous nous trouvons, comprendre le sens même du Réel. La Compréhension vaste et infiniment juste et profonde au cœur même de notre existence, voilà ce que fut l’expérience illuminatrice du Bouddha pour lui-même et ce qu’il nous propose en retour.

Ce possible exige une posture particulière : un arrêt, une présence ; un silence, une écoute, une « attention ». Seule cette attitude à retrouver chaque fois que cela est possible, à cultiver patiemment et avec détermination, peut nous conduire à la compréhension de ce qui nous empêche d’aimer véritablement, et ainsi d’être heureux, paisibles et libres ; libres de nos émotions, libres de nos perceptions !

Apprenons à respirer avec ce Calme fondamental révélé à la source du plus profond de nous-mêmes ; c’est notre nature inaltérée et originelle, c’est ce que nous sommes et que nous avons omis de considérer plus avant à l’heure même de notre tendre âge, la négligeant, la délaissant dans la nuit de l’oubli de notre inconscient.

Notre cheminement spirituel ne peut pas ne pas concerner le Respect et l’Estime de soi comme gage indispensable de notre amour véritable pour le monde et notre environnement. Écoutons ce qu’en dit Charlie Chaplin…

« Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai compris qu’en toutes circonstances, j’étais à la bonne place, au bon moment. Et alors, j’ai pu me relaxer. Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle l’Estime de soi. (…)

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai commencé à percevoir l’abus dans le fait de forcer une situation ou une personne, dans le seul but d’obtenir ce que je veux, sachant très bien que ni la personne ni moi-même ne sommes prêts et que ce n’est pas le moment… Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle… le Respect. (…)

Nous ne devons pas avoir peur de nous confronter. Du chaos naissent les étoiles. »

*

« Le temps viendra

où, avec allégresse,

tu t’accueilleras toi-même,

arrivant

à ta propre porte (…)

et chacun sourira et souhaitera la bienvenue à l’autre…

et dira, assieds-toi là ; mange.

Tu aimeras à nouveau l’étranger que tu étais.

Donne du vin, donne du pain ; redonne ton cœur à toi-même,

à l’étranger qui t’a aimé toute ta vie,

et que tu as ignoré (…),

Lui qui te connaît par cœur (…).

Assieds-toi ; fais-toi une fête de ta vie. »

Derek Walcott, « Love after Love » [in : Sea grapes].

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